U1 · Des personas utiles, pas décoratifs · Lecture · 14 min

Comprendre : Des personas utiles, pas décoratifs

Le persona a mauvaise réputation, et souvent à juste titre. La version qu'on voit circuler — une photo de banque d'images, un prénom, un âge, « aime le café et les randonnées » — ne permet de décider strictement rien. Elle vient du marketing, où il s'agit de se représenter une cible. En cadrage produit, l'objet n'est pas le même : il s'agit de trancher.

Cinq lignes, pas une page

Un persona utile tient en cinq informations, et chacune sert à arbitrer :

  • Le contexte de travail — où cette personne se trouve quand elle utilise l'outil, et depuis quoi.
  • La contrainte matérielle — écran ou pas d'écran, debout ou assis, connecté ou non, les mains libres ou occupées.
  • L'aisance numérique — pas une note sur dix, mais un fait observé : « utilise un tableur partagé », « n'a jamais installé d'application ».
  • Ce qu'elle cherche à obtenir — son objectif, formulé de son point de vue à elle.
  • Ce qui la fait abandonner — le seuil de renoncement. C'est la ligne la plus précieuse et celle qu'on oublie.

La contrainte matérielle décide plus que le besoin

Didier n'a pas d'ordinateur à l'atelier et passe deux fois par semaine devant le poste partagé. Cette seule ligne élimine d'emblée toute solution qui suppose une saisie quotidienne de sa part — quel que soit l'intérêt fonctionnel de cette saisie.

Karim, lui, est dans sa voiture entre deux rendez-vous, sur un téléphone, souvent en réseau instable. Un formulaire de douze champs ne sera jamais rempli en situation, pas par mauvaise volonté mais parce que la situation ne le permet pas.

C'est la leçon de cette fiche : en no-code, la contrainte matérielle détermine la solution plus sûrement que le besoin fonctionnel. On peut discuter d'un besoin ; on ne discute pas avec l'absence d'écran.

Les quatre personas de Vermont

  • Sophie — poste fixe, interrompue en permanence, à l'aise avec un tableur et une messagerie. Cherche à répondre « il en est là » sans ouvrir trois fenêtres. Abandonne dès qu'une saisie dépasse le temps d'un appel téléphonique.
  • Karim — mobile, téléphone, entre deux rendez-vous, souvent debout chez un client. Cherche à ne plus perdre de demande et à répondre au client sur le moment. Abandonne tout ce qui exige de s'asseoir.
  • Didier — atelier, debout, aucun écran à portée, deux passages hebdomadaires au poste partagé. Cherche à anticiper ses commandes de bois. Abandonne tout ce qui l'oblige à saisir quoi que ce soit régulièrement.
  • Pascal — dirigeant, veut un chiffre et non un tableau, consulte quand il y pense. Cherche à savoir si le carnet se remplit. Abandonne dès qu'il faut interpréter.